Yannick Cornet : « CT Power n’a pu donner plusieurs détails »

yannick-cornetYannick Cornet, membre de la Plateforme Citoyenne qui milite contre les centrales à charbon, est convaincu qu’à ce jour le projet CT Power ne peut aller de l’avant car les promoteurs n’ont toujours pas été en mesure de fournir plusieurs infor­ma­tions importantes.

Il conteste aussi l’affirmation des promoteurs qui disent qu’ils font des présentations honnêtes et complètes du projet. Cette plateforme tient, ce jeudi matin, une conférence de presse pour mettre les points sur les ‘i’.

> Quel est le but derrière cette reprise de la campagne d’explications de la Plateforme Citoyenne ?
Nous reprenons la campagne car il y a des mises au point à faire et des explications à donner par rapport aux différents communiqués émis par les promoteurs de CT Power pour faire état de leurs consultations avec les habitants des régions avoisinant le site de la centrale à charbon. Nous voulons aussi contester l’argument des promoteurs qui affirment qu’ils font une présentation honnête et complète du projet. D’une part, plusieurs organisations de quartier d’Albion et de Pointe-aux-Sables maintiennent qu’elles n’ont jamais été invitées. D’un autre côté, plusieurs questions posées aux promoteurs sont restées sans réponses. Comment donc peuvent-ils parler de présentation complète et honnête ?

> Vous émettez aussi des appréhensions concernant le prix de vente de l’énergie qui sera produite par CT Power, pourquoi ?

Les craintes que nous avions au début ont été confirmées par des informations qui nous sont parvenues, notamment à travers la presse. L’unité d’énergie vendue par CT Power coûtera plus cher que le prix pratiqué par les producteurs indépendants existants. Nous apprenons que l’unité se vendra à Rs 4,50, avec un ‘peak’ de Rs 5, contre Rs 3,30 par les autres IPPs. Jusqu’ici, les promoteurs n’ont pas démenti cette information.

Dès le début, il avait été annoncé que le prix de vente de CT Power serait 50% moins cher que le prix des autres IPPs. Ce qui joue aussi contre CT Power c’est que dès le départ son projet était déjà incomplet car beaucoup d’études ont été faites à la va-vite. Son Supplementary EIA Report est beaucoup plus volumineux que l’EIA Report initial. Il y a aussi les données météorologiques.

> Que voulez-vous dire par les données météorologiques ?
Le contentieux c’est que le projet CT Power est basé sur une étude de faisabilité effectuée par la société K&M en 2001 et qui avait la responsabilité de trouver un site propice pour l’installation d’une centrale. Trois sites avaient été identifiés, notamment à Pointe-aux-Caves, à Grand-Port et à Fort-William. Dans le rapport de 2001, c’est le site de Pointe-aux Caves-qui avait été désigné. Toutefois, il avait aussi été dit qu’il n’y avait pas d’informations météorologiques pour cette région et qu’il fallait utiliser les données de Fort-William.

Or, quand CT Power a fait son rapport, les promoteurs ont pris les informations météorologiques de la station de Vacoas, de l’aéroport de Plaisance et des informations ayant trait au vent sur la région de Médine. Ce sont ces données qui ont été utilisées pour faire le calcul pour estimer les conditions météorologiques de Pointe-aux-Caves. Ce qui nous frappe c’est que lors des réunions avec des habitants de Pointe-aux-Sables et d’Albion en 2007, une personne avait fait ressortir que la formule adoptée pour calculer les conditions météorologiques de Pointe-aux-Caves n’était pas appropriée. Les promoteurs ont répondu qu’ils allaient se pencher sur la question.

>  Si le projet se concrétise, la Plateforme Citoyenne acceptera-t-elle ce résultat ou y aura-t-il un autre moyen de protestation ?

À ce jour, et en prenant en considération les informations techniques disponibles, le projet CT Power ne peut pas aller de l’avant car le promoteur n’a toujours pas été en mesure de répondre à plusieurs questions posées par la National Energy Commission et les habitants concernés. Le 30 mai 2013, la Plateforme Citoyenne avait transmis des questions aux promoteurs à travers son agence de communication locale mais nous n’avons toujours pas de réponses. À ce jour, on ne sait pas si CT Power pourra respecter les 31 conditions imposées par le ministère de l’Environnement et le Tribunal de l’Environnement. Sans compter que le plan devra être validé par le Central Electricity Board qui détiendra 26% des actions de CT Power.

> Récemment Paul Bérenger a soutenu qu’on tourne en rond avec le projet CT Power et qu’il fallait lancer un nouvel appel d’offres qui permettra ensuite de définir la meilleure option à adopter concernant la matière première à utiliser. Partagez-vous cet avis ?

Je suis d’accord en partie. Ce qui m’interpelle et me choque c’est que Paul Bérenger parle uniquement des énergies fossiles et pas des énergies renouvelables. C’est sûr qu’il faut un nouvel appel d’offres car CT Power, rappelons-le, n’est pas passé par un processus d’appel d’offres. Il s’agit d’un ‘unsollicited bid’ et on ne peut pas dire que ce projet est le moins cher qu’on pouvait avoir. De plus, ce projet accuse plusieurs années de retard.

Plusieurs réunions d’explication pour CT Power
Dans le cadre de la construction de la centrale à charbon de CT Power, les promoteurs ont tenu plusieurs réunions d’explication auprès des habitants des localités qui ont peur d’être affectés par ce projet. Une campagne qui a débuté au mois de mars dernier.

Cette campagne d’explication a pour but d’infor­mer et d’expliquer aux habitants de la région la fonction, la stratégie, la gestion environnementale, les techniques et faits de la centrale à charbon. Y figurent aussi une description de l’équipe d’ingénieurs, dont le groupe TATA Consulting Engineers Ltd, ainsi que les mécanismes de contrôle prévus pour assurer des opérations respectueuses des normes internationales en vigueur.

Ainsi, le 21 juin dernier, les promoteurs ont eu une rencontre avec les habitants de la région de Pointe-aux-Sables. L’occasion pour Babita Jowaheer, directrice de The Mauritius CT Power Ltd, d’expliquer que « nous vou­l­ons encourager les habitants à poser des questions sur des points qui sont encore flous et pertinents pour eux ». Elle poursuit en affirmant que ce genre de rencon­tre permet de créer « un élan de bon voisinage même avec ceux qui sont contre le projet ». Quant aux habitants concernés, ils avaient aussi exprimé leur satisfaction quant à la tenue d’une telle réunion d’explication.

Auparavant, le 24 avril dernier, plusieurs membres de la direction de The Mauritius CT Power avaient rencontré des habitants de Gros-Cailloux pour une présentation du projet de centrale à charbon d’Albion. Une rencontre qui avait permis d’effectuer une mise à jour du projet, les conditions attachées, ainsi que les mécanismes de contrôles prévus pour assurer des opérations respectueuses des normes internationales en vigueur.

À cette occasion, Babita Jowaheer a évoqué la question de la responsabilité sociale de l’entreprise ainsi que la mise en place d’un ‘Community Consultative Committee’ afin d’assurer un meilleur flux de l’information en direction des habitants.
Sundram Muthusamy, Project Director de CT Power, avait fait ressortir que la centrale à charbon créera quelque 200 emplois sur le site industriel et que la priorité sera donnée aux habitants de la région. « Le chantier de construction nécessitera un apport de main-d’œuvre de près d’un millier de personnes, tous corps de métiers confondus. Nous donnerons priorité aux personnes de la localité », a-t-il indiqué.