Yan Hookoomsing – membre de la «National Energy Commission» : «Le silence du Premier ministre sur la question de CT Power est assourdissant»

Yan HookoomsingIl s’est battu avec tous les partisans de l’écologisme pour la sauvegarde de la Vallée de Ferney et continue à dénoncer les projets qui ont un impact négatif sur notre environnement. Un homme respectueux des équilibres naturels et membre de la «National Energy Commission» nous livre ses pensées en ce sens.

Présentez-nous l’écologiste Yan Hookoomsing ?
J’ai 38 ans et je suis engagé dans les mouvements écologistes. Avec mes amis des associations écologistes et du monde environnemental nous sommes très actifs. À titre d’exemple, le projet routier à la Vallée de Ferney ne s’est pas fait grâce à notre mobilisation. Là encore nous dénonçons les actions du Central Electricity Board (CEB) concernant le projet CT Power (NdlR ; La centrale à charbon qui sera construite à Pointe-aux-Caves pour la production d’électricité). Pourquoi le CEB n’a-t-il pas émis un communiqué adressé au grand public avec les conditions qui s’appliquent au projet et le coût de l’électricité à long terme ?
Le rapport de la «National Energy Commission» (NEC), institution que le gouvernement avait mise en place après la grève de Jeff Lingaya est totalement en faveur de l’utilisation des énergies renouvelables. Or notre ministre de l’Énergie a annoncé avec force au Parlement que le gouvernement va de l’avant avec le projet CT Power. Que faut-il comprendre ?
Il est clair qu’ils prennent la population pour des «bourriques» avec ce rapport. Le gouvernement voulait uniquement faire arrêter la grève. Pourtant ce rapport est offi ciel étant sur le site du ministère de l’Énergie. Il faudrait que le gouvernement fasse un débat public sur le rapport de la NEC avec ce qu’ils comptent appliquer au lieu de poster le rapport en cachette sur le site. Son application coûtera 40 % moins cher que de persister avec le charbon qu’il faut importer. Le système d’énergie renouvelable est cher au début mais pas dans le long terme car il n’y a pas d’importation à faire. Outre la création d’emplois via les Petites et moyennes entreprises (PME) qui se lanceront dans l’énergie renouvelable, ce système encouragera l’économie de l’électricité. On pourrait voir la naissance de fermes photovoltaïques sur les terrains abandonnés avec la collaboration des coopératives citoyennes. La production agricole et l’élevage seront également meilleurs. Tout le pays devrait pouvoir bénéfi cier d’électricité bon marché. Un autre avantage est que pour les familles mauriciennes cela représente un bon investissement. Mais si le gouvernement persiste à aller de l’avant avec CT-Power, on peut oublier le concept Maurice Île Durable (MID).
Le gouvernement ne s’est pas prononcé sur ce qu’il adviendra de ce rapport. Selon vous estce inquiétant ?
À quoi cela sert-il de demander la participation des citoyens mauriciens pour le processus de consultation dans la préparation de ce rapport pour qu’après il aille dans un tiroir? On a joué le jeu et on s’est fait rouler dans la farine. Ils ont demandé la participation des Mauriciens, ils doivent maintenant appliquer le rapport comme dans une démocratie moderne. Le gouvernement berne la population. Le CEB semble être l’ennemi de l’énergie renouvelable. Moi, je me demande qui défend l’intérêt du pays ? Le rapport de la NEC dit qu’il ne faut pas utiliser le charbon tandis qu’eux viennent avec le projet CT Power. C’est un gâchis d’argent et je me demande aussi à qui profite le crime ? J’espère vraiment que le CEB deviendra l’ami de l’énergie renouvelable en 2014 car actuellement la plus grande résistance c’est lui. Bouger vers l’énergie renouvelable est tout à fait faisable et c’est investir dans l’avenir du pays.
Le projet MID a déjà été qualifié de slogan creux dans le passé. Vous en pensez quoi ?
Oui, en effet, c’est un slogan creux. L’État a payé des millions à des consultants étrangers pour ce projet et c’est une véritable perte d’argent. À ce rythme, MID servira seulement à faire de jolis mots dans les conférences internationales mais sans rien de concret. Nous sommes en retard par rapport à d’autres pays. Nous allons passer pour des comiques à l’international et tout cela décrédibilise Maurice. MID c’est une politique officielle du gouvernement de Maurice avec un plan d’action et une stratégie. Toutefois depuis l’annonce de MID, l’apport des énergies renouvelables diminue. C’était à 23 % de la production d’électricité en 2008 et aujourd’hui on est à peine à 21 %. Maintenant, si les dirigeants ne veulent pas travailler dans l’intérêt du pays, nous aurons un gros problème à Maurice. C’est donc à la population de réagir en particulier avec les élections qui approchent. L’opposition ne réagit pas beaucoup par rapport à cela non plus, on ne l’entend pas en ce qui concerne MID. Le gouvernement et l’opposition passent totalement à côté de la plaque pour cette révolution énergétique qui transforme le monde. Si cela continue sur cette voie, le concept MID ne sera qu’une décoration et des paroles en l’air.
Depuis la naissance du concept MID, décelezvous quelques signes positifs ou est-ce uniquement un slogan politique ?
Oui c’est un slogan politique. Au fil du temps, les gens vont se rendre compte de cette farce et cela va nuire à la réputation de Maurice. En tout cas cette année, le cadeau de Nöel du CEB et du ministère de l’Énergie à la population c’est la mort de MID et une dilapidation monumentale d’argent.
Le compostage et le traitement des déchets dans le sillage du projet MID progressent ?
Le compostage commence à avancer, mais tant qu’on n’a pas mis l’effort nécessaire sur le tri des déchets, ce sera difficile. Actuellement c’est une organisation non gouvernementale (ONG) qui se charge de cela. Comment ça se fait-il que ce soit une ONG ? Le ministère des Administrations régionales devrait gérer la collection des déchets avec le recyclage et le tri des déchets. Comment faire le recyclage si au final tout va à Mare-Chicose. Les autorités doivent prendre leurs responsabilités.
Il y a également plusieurs projets éoliens bloqués. Le gouvernement a-t-il peur du concept énergie renouvelable ?
Le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Prenez l’exemple des fermes photovoltaïques; il y a eu un appel d’offres, les gens attendent toujours de signer le contrat alors que Sarako l’a eu en un rien de temps. Il est clair que pour l’aspect renouvelable il y a un problème avec le CEB. Pour les éoliennes, c’est quand même incertain car étant une île tropicale nous pouvons tirer profit du soleil plus que le vent.
En 2005, Navin Ramgoolam qui était à l’époque dans l’opposition, vous a soutenu contre le projet de Ferney. Or, maintenant, il semble que la cause écologique ne l’intéresse plus tellement. Cela ne laisse-t-il pas un goût amer ?
Oui, c’est chagrinant qu’un homme politique qui avait pris une bonne direction soit maintenant au pied du mur à son retour au pouvoir. Le silence du Premier ministre sur la question de CT Power est assourdissant. On espère que le Premier ministre à son retour de ses vacances rappellera à l’ordre le CEB.
Selon vous, quels sont les gros problèmes d’environnement auxquels on a eus à faire face pour cette année 2013 ?
Les inondations du 30 mars sont la preuve qu’on n’inclut plus la nature dans nos projets. Résultat : 11 morts. Les développements ont été faits trop rapidement. Les plages mauriciennes souffrent également beaucoup de l’érosion, malgré cela, il y a encore des hôtels qui sont construits et le développement n’est plus durable ce qui n’attire pas les touristes. Les plages sont bétonnées au détriment des habitants et on donne des permis de construction sur des plages publiques.
«LE CEB SEMBLE ÊTRE L’ENNEMI DE L’ÉNERGIE RENOUVELABLE.»

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