Sur des charbons ardents…

Charbons ardentsLancée en 2008, l’initiative « Maurice Ile Durable » (MID) a pour principal objectif de promouvoir un développement en harmonie avec l’environnement et, plus globalement, une économie verte favorisant l’amélioration de la qualité de vie. Cette ambition a pris un sérieux coup avec l’apathie du MID face au projet de centrale à charbon dans l’ouest de l’île

Le projet initial de centrale à charbon date de 2007 et avait été mis en veilleuse face au mouvement de protestation d’alors. En 2012, lorsque le promoteur, CT Power, revient à la charge, le ministère de l’Environnement et du Développement durable s’y oppose dans un premier temps, mais cède face aux pressions tous azimuts de cette filiale de CT Group. Cette entreprise malaisienne fait l’objet de nombreuses controverses : financée par une entité offshore enregistrée au territoire fédéral de Labuan (Malaisie), considéré comme un paradis fiscal, elle n’a jamais opéré dans le domaine de la production de charbon.

Dans sa feuille de route, CT Power se proposait d’importer le charbon  d’Afrique du Sud et de le stocker à Port-Louis. Elle prévoyait l’acheminement quotidien de 1 600 tonnes de charbon, soit 54 camions, ce qui signifie un « coal truck » effec-tuant le trajet Port-Louis / Albion toutes les 20 minutes.

Après une première vague de protestations par rapport aux nombreux inconvénients que cela provoquerait sur les routes, la construction d’une « jetée » au coût de $20 M a été suggérée… sauf que celle-ci serait financée par le gouvernement mauricien, donc les contribuables. Ce qui est venu s’ajouter à la liste déjà longue des griefs du front anti-charbon qui, à travers la Plateforme citoyenne, a logé une demande en cour pour contester le projet.

 

Révélations

Dans le cadre de ce recours légal, les relations entre CT Power et l’actuel gouvernement ont été mises au jour, notamment le fait qu’une des filiales de CT Group aurait financé l’impression d’affiches pour l’équipe dirigeante lors des dernières lé-gislatives. Face à ces « révéla-tions », un des conseillers du Premier ministre avait tenu une conférence de presse qui s’était résumée à un règlement de comptes basé essentiellement sur les considérations communautaires. Ce qui devait être une contre-attaque a eu l’effet inverse, car de nombreux citoyens se sont ralliés à la cause du front anti-charbon pour dire non à ces sous-entendus insidieux et ont pris la pleine mesure du danger que représente ce projet. Non seulement pour l’evironnement mais aussi pour les principes démocratiques.

Grâce à Facebook et Avaaz, mais également à travers la presse, le combat de la Plateforme citoyenne a pris une envergure exceptionnelle, attirant de nombreuses autres organisations citoyennes. Mais malgré les marches de protestation et les nombreuses autres initiatives pour que la centrale de CT Power ne voie jamais le jour, le gouvernement n’a pas pour autant fait marche arrière.

Catalyseur

La Plateforme citoyenne a néanmoins le mérite d’avoir catalysé l’émergence d’une conscience écologique, marquée par une créativité débordante dans la manière de l’exprimer, notamment à travers la musique, la photographie et le graphisme. Des campagnes organisées à Maurice mais également « reproduites » à l’étranger, dans les grandes villes où se trouvent ceux qui soutiennent la cause de la Plateforme citoyenne. Banderole géante déployée sur un pont ou accrochée à des grues, l’objectif des militants écologistes est de frapper les esprits. Et les autorités n’ont pas tardé à réagir face à ces « opérations coup de poing » : manifestants arrêtés, emprisonnés, collectes de fonds interdites, auditions en cour systématiquement reportées…

Malgré tous ces obstacles, la Plateforme poursuit son combat avec la même détermination, encouragée par le soutien po-pulaire. En janvier 2013, l’annonce de la mise en chantier du projet provoque une des réactions les plus fortes et les plus symboliques jamais entreprises par la Plateforme citoyenne et les autres organisations concernées. Le militant Jeff Lingaya décide d’entamer une grève de la faim qui allait durer 13 jours. Une grève « contre la dictature, l’oppression, l’injustice, la pollution et la corruption », selon les propres termes du militant écologiste.

Cette grève a forcé les autorités à mettre sur pied la National Energy Commission (NEC), avec pour attribution de revoir la politique énergétique du pays dans une véritbale perspective de développement durable. Ce qui constituait une première dans le domaine de la revendication militante à Maurice.

 

Projet de société

Dans un premier rapport soumis quelques mois plus tard, la NEC affirme que le recours au charbon n’est pas compatible avec la philosophie de développement durable prônée par le gouvernement et propose même des options pertinentes. Ce qui conforta le front anti-charbon dans son combat. Mais le gouvernement devait prendre tout le monde de court en ba-layant d’un revers de main le rapport de la NEC et en se penchant sur la demande d’un autre promoteur, Consolidated Energy Co. Limited, pour un deuxième projet de centrale à charbon.

Lancée il y a quelques semaines, la campagne ‘Candlelight for ecological support’ de la Plateforme citoyenne invite tous ceux qui se sentent concernés par l’équilibre environnemental à faire état de leurs actions, concrètes ou symboliques, sur les réseaux sociaux, notamment à travers des photos.

La Plateforme compte franchir une nouvelle étape vers son objectif en invitant les entreprises qui carburent encore au charbon à se tourner progressivement vers les énergies renouvelables. Pour que l’île durable prenne la forme d’un vrai projet de société et cesse de sonner comme un slogan creux…

 

Zaheer Allam

Effort collectif
Le combat anti-charbon a permis de mobiliser les énergies pour une action commune forte : les principales organisations qui mènent cette lutte, outre la Plateforme citoyenne, sont Rezistans ek Alternativ, Azir Moris, CARES, KLR, MPL. On retrouve également des militants indépendants et de nombreux citoyens engagés. Ce combat bénéficie du soutien de Greenpeace International et 350.org.