Fabianni Balisson porte-parole de la Plateforme citoyenne

fabiani-balisson« Nous ferons entendre notre voix au prochain sommet des SIDS »

Autodidacte de 30 ans, professionnel du marketing évoluant dans le secteur bancaire, Fabiani Balisson n’est pas un inconnu du public mauricien. Cet ancien vice-président de la Jeunesse Militante a délaissé depuis 2012  la scène politique pour se consacrer corps et âme, avec ses amis au sein de la Plateforme Citoyenne, à promouvoir les énergies propres, dans tous ces sens. Citoyen engagé et journaliste libre, il nous donne un aperçu de ces pensées

On ne peut pas dire que les jeunes sont emballés par le projet de réforme électorale. Vous avez une explication à cela ? 

Il faut dire que la population, dans son ensemble, s’est depuis longtemps désengagé des politicailles. Cela s’est traduit par un taux d’abstention de plus de 21% aux législatives de 2010. Le débat se cristallise en ce moment autour de l’élimination de la déclaration ethnique au moment de soumettre sa candidature à une élection générale, alors que l’enjeu d’une réforme électorale crédible se trouve ailleurs.

 

C’est-à-dire ?

Toute réforme électorale devrait être indissociable des grands thèmes favorisant la transparence et la méritocratie : le financement des partis politiques, inclusion et représentativité de tous les courants politiques au parlement, un nouveau redécoupage électoral afin de corriger les ‘gerrymandering’ successifs du passé et l’inclusion du référendum dans notre constitution pour une démocratie participative. Pendant ce temps, les leaders des grands blocs politiques, eux, applaudissent la proposition du Premier ministre de placer entre leurs mains, au lieu de l’électorat, le choix des élus de la Représentativité Proportionnelle.

 

Quelles ont été les retombées de votre déposition à la National Energy Commission (NEC) ?

Le rapport de la NEC plaide pour le déploiement des énergies renouvelables qui sont sous-exploitées à Maurice, malgré leur abondance. Maintenant, quand à sa mise à exécution, la question devrait être redirigée vers le gouvernement et le ministère des Utilités publiques qui l’avait rendu public sur son site web.

 

Le 3ème Sommet des SIDS aura lieu du 1er au 4 septembre prochain. Encore une occasion de beaux discours pour se donner bonne conscience…

Si on y va pour vanter le projet Maurice Ile Durable et revenir pour nous dire que l’énergie la plus polluante est la seule solution pour une île Maurice moderne, oui, c’est peine perdue. C’est à se demander s’ils comprennent vraiment le but de leurs déplacements ? Savez-vous, par exemple, qu’il existe un accord entre Maurice et l’Inde en matière d’énergies renouvelables ? Qu’elles sont les retombées du World Future Energy Summit 2014 tenu à Abu Dhabi en janvier et auquel avait participé Rashid Beebeejaun ?

Pour répondre à toutes ces questions, la Plateforme citoyenne a décidé de se rendre à ce 3ème Sommet des SIDS afin de veiller à ce que les engagements pris par Maurice soient respectés et aussi pour faire entendre la voix de la société civile mauricienne.

 

Plusieurs critiques ont été formulées à l’encontre des mouvements écolos par rapport à leur indépendance, fonctionnement et idéologie.  Certains vous qualifient même d’utopistes…

Pour répondre à votre question, je prendrai une citation d’Elder Camara : « Lorsqu’on rêve tout seul, ce n’est qu’un rêve ; lorsqu’on rêve à plusieurs, c’est déjà une réalité. L’utopie partagée, c’est le ressort de l’Histoire ». Le développement durable et l’écologie, cela fait déjà depuis plusieurs décennies qu’on en parle, mais ce n’est que maintenant, face aux défis que représente le changement climatique, que l’on prend conscience de sa justesse et du devoir de tout un chacun de participer à la conservation de notre planète.

En ce qui s’agit de l’indépendance et du fonctionnement des mouvements écolos, je ne peux parler que pour la Plateforme citoyenne, dont je suis le porte-parole. Nous sommes une ONG regroupant plusieurs associations et individus ayant un but en commun : assurer la protection de ce patrimoine que nous lèguerons un jour à nos enfants. Notre action est rendue possible grâce à notre implication personnelle et aussi au soutien financier de ceux qui nous adressent des dons. Nos comptes sont vérifiables à tout moment.

 

Certains de vos détracteurs vous accusent d’être sélectif dans le choix de vos combats…

La lutte contre l’implantation de CT Power a été très médiatisée de par l’urgence et la menace écologique et économique immédiate que représente une nouvelle centrale de cette envergure à Maurice. A elle seule, cette centrale ajouterait plus de 450,000 tonnes de charbons, sur les 750,000 tonnes qu’importent chaque année les IPPs existants. Les problèmes liés à l’opération des centrales à charbons des IPPs ne feront qu’augmenter. La pollution des champs de cannes par la dispersion des cendres a été dénoncée à la police par l’ONG Right To Live, mais jusqu’à présent aucune action.

Après avoir maintenu pendant plusieurs semaines la pression sur le Groupe Médine en 2012 pour clarifier sa position, ce dernier avait finalement publié un communiqué pour affirmer n’avoir aucun projet de centrale à charbon, dissipant ainsi tous les doutes et inquiétudes des habitants de l’Ouest.

Suite à une lettre adressée, début février, au ministère de l’Environnement, signifiant notre opposition à la conversion de la centrale d’Altéo à Deep-River/Beau-Champs en une centrale opérant avec 100% de charbon, le ministère a ordonné à Altéo de soumettre une nouvelle demande pour un ‘fresh EIA license’. Cela démontre bien que nous sommes constants dans notre lutte contre la prolifération des centrales à charbon, indépendamment du promoteur.

Cela dit, je ne peux m’empêcher d’observer que le projet CT Power représente à elle seule tous les maux qui gangrènent notre société : communalisme, passe-droits, soupçons de corruption et de financement occulte de partis politiques et j’en passe !

 

Pensez-vous réellement que L’Ile Maurice peut se passer de ces centrales à charbons ?

Nous n’avons pas, nous n’avons plus le choix. L’urgence est d’encourager une transition énergétique pour éviter que le pays ne rentre dans une spirale qui le condamne pour les prochains 25 ans, à une dépendance aux énergies fossiles.

 

Source: http://www.capital-online.info/think-tank/%C2%AB-nous-ferons-entendre-notre-voix-au-prochain-sommet-des-sids-%C2%BB