CT Power: les opposants plus mobilisés que jamais

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Les opposants au projet de centrale thermique à charbon CT Power sont loin de baisser les bras. Malgré le fait que le ministre de l’Energie, Rashid Beebeejaun, ait annoncé le début du projet dans trois mois et la signature d’un Power Purchase Agreement entre le Central Electricity Board (CEB) et les promoteurs en décembre, les différents organismes rassemblés dans cette lutte continuent leur combat.

 

Ils ont rassemblé une foule importante dans la cour de l’église Sainte Marie Madeleine, à Pointe-aux-Sables, le vendredi 28 mars. L’assistance, composée d’habitants de la région, de sympathisants à la cause écologique et de familles, était d’environ 1 000 personnes.

 

Tout au long de la soirée, différentes personnes ont rappelé les étapes successives de leur lutte et les raisons pour lesquels elles refusent la construction d’une nouvelle centrale à charbon, chiffres à l’appui. «Les autorités continuent d’affirmer que l’électricité de CT Power coûtera moins cher que celle des Independent Power Producers. Mais c’est faux», s’est exclamé Fabiani Balisson, le porte-parole de la Plateforme Citoyenne.

 

«L’électricité vendue actuellement par les Independent Power Producerscoûte Rs 2,50 à Rs 3, alors que celle de CT Power reviendra à Rs 5 !» a-t-il martelé. Il a aussi interpellé le ministre de l’Energie, en mettant en doute le lancement annoncé dans trois mois «alors que les promoteurs n’ont pas l’investissement nécessaire» et que «les 31 conditions imposées dans le rapport EIA n’ont pas toutes été remplies».

 

Les militants ont rappelé plusieurs chiffres, dont ceux concernant la consommation de charbon. Actuellement, a-t-il été indiqué, 750 000 tonnes de charbon sont consommées par an. Avec les 450 000 tonnes de charbon, ce chiffre passerait à 1 200 000 tonnes annuellement, ce qui équivaut à 1 tonne par habitant.

 

L’avocat Roshi Bhadain, qui aide légalement et gracieusement la plateforme, s’est quant à lui concentré sur l’historique des zones d’ombre autour du projet. Rappelant que CT Power est une filiale de CT Group, une compagnie d’impression, l’avocat s’est demandé comment ces investisseurs malaisiens ont soudainement choisi de se lancer dans la production d’énergie.

 

Roshi Bhadain a aussi dénoncé le fait que l’identité des véritables promoteurs de CT Power est toujours inconnue, ainsi que les termes du Power Purchase Agreement, qui spécifie que le CEB procurera le charbon à la compagnie, qui lui revendra ensuite l’électricité produite. «Il n’y a ni charbon noir, ni charbon blanc, il n’y a que du charbon sale», a-t-il lancé en guise de conclusion.

 

Yann Hookoomsingh, membre de la National Energy Commission (NEC), s’est attardé sur le rôle de cet organisme créé suite à la grève de la faim de Jeff Lingaya l’année dernière : «Le but était de faire des recommandations sur le futur énergétique de Maurice et d’y inclure les propositions et l’opinion de la population, ce qui a été fait ! Tous les membres de la commission, experts, membres de la société civile, professeurs, et les autres se sont prononcés pour les énergies renouvelables et contre le charbon ! Aujourd’hui, ce rapport, qui devait tracer l’avenir énergétique de l’ile, dort au fond d’un tiroir.» Si le gouvernement met en oeuvre les actions recommandées, soutient-il, Maurice produira 35 % d’énergie renouvelable en 2035.

 

L’environnementaliste a ensuite annoncé qu’une nouvelle pétition a été lancée pour demander aux autorités d’appliquer les recommandations du rapport et de cesser la production d’électricité à partir de charbon avec les Independent Power Producers existants. «Mardi, nous transmettrons une lettre aux membres du Parlement énumérant nos demandes. Nous la donnerons aussi aux représentants des Nations unies et de l’Union européenne à Maurice, ainsi qu’aux gouvernements indien et français pour leur demander de faire pression sur l’Etat mauricien afin qu’il tienne son engagement sur les énergies renouvelables», a-t-il affirmé.

 

Ainsi, soutient Yan Hookoomsing, les représentants de l’Etat ne «pourront plus faire de grands discours sur Maurice Ile Durable aux Nations unies ou devant les autres pays. Tout le monde saura que le MID est creux». Il est temps, a-t-il confié, que le gouvernement tienne compte de la volonté du peuple. D’autres réunions du même type auront lieu aux alentours des centrales à charbon existantes.

 

Michel Chiffonne, membre de l’association Cares, a préféré rappeler les initiatives citoyennes prises pour favoriser l’émergence des énergies vertes. A travers une coopérative, l’association espère encourager les citoyens à investir dans des projets d’exploitation d’énergies renouvelables. Un projet pilote sera bientôt lancé à Balaclava, sur des terres offertes par un petit planteur. D’autres terrains ont été mis à la disposition de l’association, dans le Sud notamment.

 

«Puisque nos gouvernants sont incapables de faire ce qui est bien, nous ne pouvons rester les bras croisés», s’est écrié l’activiste.

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